Nathalie

Dans mon métier, je constate une augmentation de la détresse et de la précarité. Je me dis qu’il faut absolument que la solidarité reste et qu’on puisse faire comprendre aux personnes qui croient qu’on n’en a pas besoin, à quel point elle est importante…

Ce qui est malheureux aujourd’hui, c’est que beaucoup de gens se retrouvent à devoir survivre plutôt que vivre, à ne plus avoir aucun contact social… Et tout va très vite, du jour au lendemain on peut se retrouver dans une situation ou tout bascule : je perds ma maison, je divorce et j’ai un prêt. Comment je fais ? Il y a des situations dans lesquelles on se sent tellement mal qu’on finit par se dire : « je ne vais jamais m’en tirer ».

On dit parfois qu’il y a des profiteurs, moi je dis qu’il ne faut pas juger sans savoir. On ferait mieux d’écouter les gens plutôt que de les juger. Un jour, on a contacté quelqu’un que je connais pour un travail. Comme elle n’avait pas les moyens de payer la crèche, elle a dû faire appel à sa famille pour garder son enfant. Sans quoi, elle ne pouvait pas se rendre à son entretien, et encore moins décrocher un emploi. Cette personne, c’était ma fille, et elle l’a eu son boulot ! Je suis contente ! Mais tout le monde n’a pas cette chance. C’est une vraie valeur à réapprendre : la solidarité.

La Sécurité sociale c’est comme si c’était un grand compte épargne mais pour le peuple, pour que tout le monde puisse s’en sortir plus au moins dignement dans un monde qui devient de plus en plus difficile.

J’ai l’impression que la Sécurité sociale a perdu son côté humain. Elle n’est humaine que pour les gens qui vivent sur leur petite planète à eux. Ils se disent qu’ils ont leur travail, qu’ils ne doivent pas calculer comment ils peuvent payer leur nourriture, si leurs enfants veulent faire du sport ils peuvent les y inscrire… Pour eux la Sécurité sociale est suffisante. Mais tout peut basculer du jour au lendemain.

Il y a des gens qui sont SDF chez eux ; ils ont un toit et c’est tout. Ils espèrent même ne pas avoir à aller chercher un médicament, remboursé ou pas ! Plus on va diminuer la Sécurité sociale, plus la précarité va s’installer et moins les gens pourront vivre. Ce que j’entends par vivre ce n’est pas faire des bêtises, c’est tout simplement : manger, me chauffer, permettre à mes enfants d’aller à l’école.

Malheureusement des solutions miracles on n’en a pas. Mais on peut commencer par être à l’écoute, diriger ceux qui en ont besoin vers des services sociaux adéquates, la plupart des gens ne connaissent même pas tout ce qui peut exister pour leur venir en aide. On peut même les former pour un travail. C’est pour ça qu’on ne doit pas baisser les bras !

Photographie © Caroline Lessire