Michel

Honnêtement, il y a quelques années la sécu pour moi ne représentait rien. C’était des remboursements et ça s’arrêtait là.

Et puis en 2013, on a diagnostiqué un cancer du sein déjà très avancé à ma compagne. C’est par la force des choses que j’ai pris conscience de la sécu. D’abord, ma compagne tombe malade, puis c’est le chômage, la carte handicapée pour la chimio, la prise en charge des traitements, l’accompagnement des médecins, des psys, des assistantes sociales… Je ne savais pas qu’un traitement pouvait coûter 25 000 €… puis est venu le second traitement à 40 000 €. On a pu faire les 2, et tout tenter, si je n’avais eu qu’une assurance on m’aurait sans doute dit : « Vous choisissez, le traitement 1 ou le traitement 2… »

Malheureusement, la vie n’est pas toujours rose. Je me suis rendu compte d’un truc quand je restais dans la salle d’attente : il y avait toujours du monde. Elle n’a jamais été vide cette salle, des enfants, des adultes, des collègues parfois. On ne se rend pas compte du nombre de personnes malades.

Ça a été une période très dure et j’ai encore du mal à en parler…

Mais il y a une chose importante que je souhaite partager : la Sécurité sociale ça permet de garder sa dignité. Jusqu’au bout. Pour ma femme, c’était de la dignité jusqu’à la dernière minute de sa vie.

 

C’est surtout ça qu’il faut faire : faire de la Sécurité sociale le ciment de notre société

Quand j’étais jeune et que je voulais acheter une voiture, je regardais surtout la carrosserie, les jantes, l’extérieur de la voiture. J’aimais bien me dire : «  Les gens vont te regarder quand tu seras dans cette voiture ! ». Maintenant, je regarde l’intérieur, le confort et la technologie. Je pense plus à mon confort, ça peut sembler idiot mais le confort d’une société, c’est sa Sécurité sociale, tout le reste ce sont des apparences.

Pouvoir se soigner, rester digne, c’est du bien-être non ? Pour moi c’est une énorme partie de notre bien-être, du bien-être de toute la population. Et les politiciens qui s’occupent du pays, ils ne sont pas censés s’en occuper de ce bien-être ?

Aujourd’hui, on dépense pour du matériel tout le temps et on nous dit de faire attention au budget. Commençons par bien construire nos routes plutôt que de les refaire 4 ou 5 fois, il y a plein d’exemples comme ça où on peut économiser. Mais la Sécurité sociale c’est ce qui nous rassemble, c’est le ciment de notre société. Pour moi le budget doit se faire autour de la Sécu et pas l’inverse, on ne pioche pas dans la sécu, c’est le plus important.

Quand cette société sera capable de dire : « Je n’y touche pas, parce que c’est le bien-être de mon pays ce jour-là on aura vraiment compris comment vivre ensemble ».

Photographie © Caroline Lessire