Lillo

Je suis fils de mineur. Mon père est arrivé ici en 1951, j’avais à peine 1 an. Je suis né en Sicile mais j’ai grandi ici. J’ai le sang Italien et le cœur Wallon ça doit être ça être Européen !

Le travail dans les mines, ça n’était pas évident, mais pour papa, la vie était plus facile ici qu’en Italie ! Déjà il avait un travail, et puis on a pu aller à l’école. Papa voulait qu’on puisse aller à l’école le plus longtemps possible !

Mon petit frère est né ici à l’hôpital de Bavière en 1961. À l’époque on a remboursé 50 francs à mes parents. C’était une indemnité pour l’allaitement je crois. Mon père s’est dit qu’en Italie il n’aurait pas eu ça. C’est un bel exemple de ce que faisait la Sécurité sociale. Il faut dire que ma mère tirait toujours trop de lait, donc l’hôpital donnait le lait en trop à ceux qui en avaient besoin. C’était une forme de solidarité.

C’est sans doute une des raisons pour lesquelles mes parents se sont attachés à la Belgique, malgré le mauvais temps !

C’est vrai que quand j’étais plus jeune, la solidarité c’était entre Italiens, il fallait se soutenir. Partout où il y avait des charbonnages, tout autour il y avait des Italiens. Moi, j’étais le seul enfant de la rue qui pouvait rentrer dans les maisons des Belges. Parce qu’il y avait Madame Viel notre voisine, et je l’aidais à faire rentrer le charbon dans le soupirail. C’était aussi une forme de solidarité. Mon papa disait qu’on n’était pas chez nous ici, et qu’il fallait être solidaire avec les autres, il faut se faire accueillir.

On n’était pas plus voyou que les autres mais on a dû se faire accepter. Et on a réussi, mes parents sont restés ici, ils ont une maison. Nous, on a grandi ici et on s’est marié ici. J’ai grandi au Thiers-à-Liège, et maintenant ça fait huit ans que j’habite à Herstal. Et à 66 ans je suis bénévole à la Croix Rouge.

Je dis toujours que, quand j’ai été prépensionné, j’étais « un chômeur de luxe »

J’ai été prépensionné à 58 ans, je travaillais dans l’aéronautique, j’ai fait toute ma carrière là-bas et à 58 ans j’étais prépensionné. Quelques mois après je suis devenu bénévole. Je fais du bénévolat pour le plaisir de faire plaisir.

J’essaie de mettre la solidarité au centre de tout ce que je fais. À la clinique, il y a des gens qui se font conduire par leurs enfants, et puis ils s’en vont. Les patients se retrouvent alors seuls sur une chaise roulante. Même si ce n’est pas dans nos attributions, mais on ne va pas les laisser là !

Je dis toujours que, quand j’ai été prépensionné, j’étais un chômeur de luxe. À la pension, j’ai 1 461 € net. Quand on n’a plus de maison à payer ça va ! Mais celui qui a 1 461 € après avoir travaillé 40 ans, et qui doit encore payer un loyer, la voiture et les soins… Pas évident.

J’ai un collègue ici, il travaillait à l’Opéra Royal et suite à une maladie grave, il s’est retrouvé en invalidité. Il a l’accord du médecin-conseil pour exercer en tant que bénévole. Après 2 ans d’invalidité, on l’envoie en formation. Ses revenus baissent de plus en plus, et il doit aller en formation, s’il refuse il perd tout. On lui dit qu’il doit faire un mi-temps médical, mais qui va l’engager à son âge ?

J’ai 3 enfants, et mon ex-épouse ne travaillait pas. J’avais un salaire pour 5 personnes, ça ne m’a pas empêché de donner la possibilité à mes enfants de faire des études ! Une de mes filles est professeure de Français, elle a fait l’université, grâce aux bourses d’étude. Pour mes deux autres c’est moins simple. Mon fils a 40 ans, il était indépendant, pendant 4 ans il avait un magasin d’instruments de musique puis il a arrêté, il a travaillé deux ans à la ville. Mon autre fille est secrétaire, elle fait des remplacements.

C’est ça qui est triste chez les jeunes de maintenant, ils remplacent pour quelques mois. Ils font 6 mois au premier contrat, ils peuvent faire ça 4 fois, après soit ils sont embauchés ou ils sont dehors. Certains sont embauchés mais il faut être là au bon moment.

Il y a quand même tout un tas de bonnes choses qui fonctionnent en Belgique, qui nous permette à tous de vivre mieux.

Photographie © Caroline Lessire