« J’ai renoncé à certaines visites médicales : je n’avais pas assez d’argent »

Les coupes dans le budget de la Sécurité sociale ont des répercussions sur notre santé. La participation financière des patients a augmenté… Faute de moyens, de plus en plus de Belges reportent leurs soins, ou y renoncent. Comme Anne-Marie, ancienne infirmière, au cœur malade.

Avec les coupes effectuées dans le budget de la Sécurité sociale au cours des dernières années, le ticket modérateur a augmenté, les remboursements de certains médicaments ont été diminués, la participation financière des patients dans leurs soins de santé a donc augmenté. Avec une conséquence encore plus lourde : une augmentation sensible du nombre de patients qui reportent certains soins et médicaments, voire y renoncent, faute de moyens. Selon une étude menée par Solidaris en 2014, cela concernait une personne sur cinq en Wallonie. C’est le cas notamment d’Anne-Marie, une veuve d’une septantaine d’années, qui vit seule dans la région de Rebecq.

 

Le cœur qui flanche

À 40 ans, on lui a annoncé qu’elle ne pouvait plus travailler. En cause : un cœur et des poumons déficients. « J’avais des crises d’asthme épouvantables et le cœur qui flanchait. Moi qui ne vivais que pour mon métier, ça a été un choc. Il était inimaginable pour moi que je reste chez moi à ne rien faire. Pendant quelque temps, j’ai donc encore travaillé comme infirmière dans un club. J’ai voulu me lancer comme indépendante, mais cela représentait trop de frais, surtout pour quelqu’un en mauvaise santé. Entre-Temps, mon mari est lui-même tombé gravement malade… J’ai donc dû me résoudre à arrêter de travailler et à aller au chômage, jusqu’à ma pension. Voici une dizaine d’années, j’ai encore subi une opération à cœur ouvert. On m’avait prédit que je ne vivrais pas jusqu’à cinquante ans, et pourtant, je vis toujours ». Ou plutôt, elle survit.

 

Pas question de renoncer à sa vie sociale

Pensionnée depuis plusieurs années, elle a perdu sa pension d’invalide et avec elle, le remboursement de différents soins. « Mes revenus sont de plus en plus rabotés. Je n’avais plus de quoi payer certaines visites médicales. Alors je ne les ai pas passées. Je sais que j’ai pris un risque en faisant cela, mais c’est un choix de vie : j’avais besoin de cet argent pour d’autres dépenses. Mes problèmes respiratoires m’obligent à rester le plus souvent à la maison. À l’air libre, j’ai du mal à respirer. C’est pour cela que je ne me déplace pas en transports en communs, uniquement en voiture. Cela représente un sacré budget. Mais je dois bien sortir de temps en temps, ne serait-ce que pour aller faire mes courses ou rendre visite à mon frère de 83 ans, qui vit à Wemmel. Sans ma voiture, je n’aurais plus de vie sociale. En me retirant ma pension d’invalide, on a considéré que je percevais des revenus suffisants, mais on n’a pas du tout pris en compte le fait que je vis seule et que je peux difficilement sortir de chez moi. »

Malgré tout, Anne-Marie garde le sourire : « J’ai choisi de conserver une vie active. Alors bien sûr, il y a des jours où mon état est tel que je dois rester dans mon fauteuil. » Dans ces cas-là, elle peut heureusement compter sur l’aide du centre de services à domicile. « J’ai droit à une aide ménagère tous les quinze jours et une aide familiale passe chez moi deux fois par semaine. Quand je ne suis pas bien, elle va faire les courses pour moi et me prépare des repas pour plusieurs jours pour éviter que je doive sortir. C’est un soutien moral et physique considérable. »

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