Edith, d’un côté à l’autre de la barrière

Après avoir passé sa vie à s’occuper des autres, Edith, gravement malade, est elle-même devenue dépendante du système auquel elle a longtemps contribué. Une situation qui révolte cette ancienne aide-soignante.

 

« Toute ma vie, j’ai travaillé dans le milieu social, cela me tenait à cœur. Aujourd’hui, je trouve cela très cynique d’être devenue complètement dépendante du système » lance Edith. À 57 ans, cette ancienne aide-soignante vit seule à Genval. « Mes enfants ont quitté la maison depuis longtemps. » En 2007, sa vie a basculé : « Suite à un problème à un genou, on m’a diagnostiqué un cancer et du diabète. » Une lourde opération fut donc nécessaire, à la suite de laquelle, elle a dû arrêter de travailler durant plus de six mois. Entre-temps, la loi avait changé. « J’ai été licenciée à cause de ma trop longue absence. Cela faisait 21 ans que je travaillais dans un CPAS, j’ai aussi passé sept ans avec des contrats ALE dans des écoles primaires et maternelles du Brabant wallon. Le médecin du travail avait donné son accord pour que je continue à travailler, mais pour effectuer des tâches plus légères. Ce qui était tout à fait envisageable : j’aurais pu travailler dans le secteur des soins palliatifs, aider à la distribution des repas… J’aurais honnêtement pu terminer ma carrière dans un CPAS. »

Sans-emploi depuis plus de dix ans, Edith se débrouille depuis comme elle le peut. « Passer d’une vie très active, avec des horaires de vie et de travail, avec celle que je mène depuis, c’est très difficile. Mais je ne suis pas inactive pour autant : je bouge beaucoup malgré mon handicap, j’aide des associations de lecture, des associations de quartier, pour l’organisation de brocantes par exemple. Et je tricote. Mais ce n’est pas la même chose. » Edith vit désormais sans revenu professionnel. « Je survis grâce à la Mutuelle et ce n’est pas grand-chose. Par rapport à ce que d’autres personnes dans mon cas touchent dans d’autres pays, je n’ai pas à me plaindre, mais c’est tout de même difficile. » Des aides pourtant, Edith en reçoit : « Grâce à la Fédération des Centres de Service à Domicile (FCSD), j’ai droit à une aide ménagère et à un jardinier, mais je paie tout de même une partie. J’ai droit aussi à des réductions dans des restaurants sociaux, où je paie un euro cinquante pour un repas. Je fais attention à ce que je mange, en privilégiant des légumes de saison… Mais je n’ai par exemple pas droit à des colis repas, car je dépasse le plafond. »

Du côté des soins, elle a vu diminuer au fil des ans les remboursements auxquels elle avait droit : « Mon cancer est sous surveillance, le diabète est toujours là. On m’a posé une prothèse au second genou il y a quelques mois. Il faut le temps que ça se remette. Mes frais sont de moins en moins pris en charge à cause des dernières réformes. Je pense qu’ils ne réalisent pas les dégâts qu’ils font. Je dois aujourd’hui étirer au maximum les séances de kiné. Et pourtant, une ou deux séances par semaine me soulageraient. Au lieu de cela, je dois les étaler, car une fois le nombre dû atteint, c’est terminé, je dois payer le prix plein. Tout ce qui touche à la médecine alternative n’est pas remboursé non plus. » (en savoir plus sur les remboursements de kinésithérapie) Or, des massages, des séances de relaxation soulagent considérablement la douleur de personnes affectées comme elle. « J’aimerais que l’on prenne mieux en compte notre quotidien, conclut-elle, que les autorités compétentes soient plus larges sur certains critères comme pour l’octroi d’une carte de parking handicapé – je n’y ai pas eu droit, car malgré mon handicap à 66 %, j’avais un scooter et non une voiture (or la carte peut être utilisée aussi en tant que passager, NDLR) – ou l’accès gratuit aux transports en commun, que je n’ai plus. Avant je pouvais me rendre gratuitement à la piscine, ces séances me faisaient du bien. Maintenant c’est fini, car je n’ai pas assez de « points » !
Heureusement, tout ce qui concerne mon diabète est encore pris en charge » ; mais pour combien de temps encore ?

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